Bon ! Un peu de sérieux, maintenant.
Il est relativement facile d'analyser les motivations du Oui. Elles sont assez homogènes.
- Je ne veux pas affaiblir la place de la France</personname /> dans l'Europe.
- Je ne veux pas ralentir la Construction</personname /> Européenne</personname />,
- je veux inscrire dans le marbre d'une Constitution toutes les valeurs humanistes de l'Europe.
- Même si ça ne va pas assez loin, je veux prendre tous les aspects sociaux contenus dans la Constitution.</personname />
En ce qui concerne le NON, c'est beaucoup plus compliqué. Analysons quelques motivations du NON.
- le vote des souverainistes : ce sont ceux qui, depuis le début de la Construction</personname /> Européenne</personname />, luttent contre les avancées de l'Europe. Chaque fois qu'ils ont eu la parole, ils se sont arque boutés sur l'existant. Chaque fois, ils ont perdu. Mais ces batailles Européennes leur donnent l'impression d'exister. Ils sont pour l'Europe, vous diront-ils, mais une Europe des Nations (ce qui ne veut strictement rien dire). On trouve là-dedans, Le Pen, De Villiers, Chevènement. On peut leur reprocher plein de choses, à ces joyeux Super-Duponts, mais leur vote est cohérent, logique.
- l'extrême gauche, pour qui tout bouleversement de ce type nous rapproche du Grand Soir, s'inscrit dans une logique de déstabilisation. Cohérents aussi, et avec l'immense facilité de ceux à qui on ne demandera jamais de re-construire. Ils sont rejoints par le PC, et ses troupes fidèles et dociles, qui cherche là avant tout un moyen d'exister.
- le NON protestataire : Je ne suis pas bien. On ne s'occupe pas bien de moi. Y faudrait plus de budget. J'en bave. Donc, je vote Non un peu pour me venger, pour qu'on m'écoute. Dans le même registre, on trouve : j'en ai marre de Raffarin, Chirac, les deux (biffer les mentions inutiles). Bon, on peut leur expliquer à ces gens-là, qu'ils se trompent de dates, que ce n'est pas la question qu'on leur pose. Pour la plupart, cela ne servira à rien. Le fait de voter NON va avoir un effet anesthésiant sur leurs blessures, souvent réelles, double effet Kispool, qui va leur faire un bien fou deux fois cinq minutes, une fois au moment de voter et une fois à 20 heures. Bon, après, les problèmes resteront présents mais ravis qu'ils sont de la nique qu'ils ont fait au Gouvernement, aux social traîtres, à Bolkenstein (qui s'en tape le coquillard), à leur patron, à leur voisin à pognon qui vote Oui, etc.. Cinq minutes de bonheur, cela n'a pas de prix.
Et puis insidieux, très présents dans les forum, véhiculé par les gourous d'occasion (on peut être gourou en 5 mn, sur le net), l'idée comme quoi la Constitution</personname />, c'est pas bon et trop libéral, et que après, on va tous se réunir et la refaire ensemble, cette Constitution, dans une démarche purement citoyenne (je cite). C'est très bobo, tout ça, très nouvelle gauche qui a compris. (ce sont à priori les mêmes qui votaient Arlette parce que c'est hyper tendance et qui après, sont allés se faire des ampoules à défiler contre le FN).
Et bien ça, c'est une escroquerie...
Certes, on peut rêver que le 29 mai au soir, ce sera le Grand Soir (on va exceptionnellement éviter de pendre les patrons par les boyaux parce qu'il y aura du boulot désolé culture Guignols) et qu'on va en Assemblée Générale réécrire la Constitution</personname /> en passant par-dessus la tête la représentation nationale (vous savez, ceux pour qui on vote).
Il se trouve que tous les partis traditionnels en charge des affaires ou susceptibles de le devenir portent le Oui et que le Non n'est porté que par des hommes (ou femmes) à qui on n'a aucun risque de confier les clés de la maison (ils n'en voudraient pas d'ailleurs).
Les gourous en question se réjouissent du fait que nous ne serions plus les seuls à vouloir dire Non. Notamment les Anglais et les Hollandais. Certes, mais leurs motivations sont différentes, eux. Pour eux, cette Constitution ne permet pas assez la libre entreprise, elle impose trop de carcans. Elle n'est pas assez libérale, en somme, pour ceux qui n'ont pas suivi.
Alors, avec qui on va négocier ? Personne... Parce qu'on ne négocie pas sur des démarches abstraites et non fondées, parce qu'on ne négocie pas sans la culture du compromis. Et la Constitution</personname /> Européenne</personname />, c'est un compromis. Et un compromis, cela ne peut pas plaire complètement à tout le monde. Et qu'en fait, ça ne plait complètement à personne. Mais c'est comme ça qu'on avance. Ensembles..
Et on continuera à vivre sur les règles de fonctionnement actuelles, ou le Marché fait la loi. Parce qu'il ne vote pas, le Marché, lui, il avance. D'ailleurs, s'il pouvait voter, il voterait sûrement Non, à la réflexion, de peur que ces composantes sociales, certes insuffisantes, ne le gène dans ses opérations financières.
Le vote Oui, au contraire, permet d'avancer sur le chemin, permet une alternative politique pour faire une Europe différente car il donne plus de pouvoirs au Parlement, donc aux élus. C'est à l'intérieur d'un système qu'on parvient à le faire évoluer, pas à l'extérieur.
Le seul vote libéral, c'est le vote NON